FAULQUEMONT : Histoire et historiettes

FAULQUEMONT : Histoire et historiettes

4 : LA HALLE (ou Ancienne Mairie) (cliquer)


LA HALLE
ou Ancienne Mairie

Pour bien comprendre le rôle joué par ce bâtiment situé au cœur de la vieille ville, il faut se replacer dans son contexte médiéval.

Au moyen-âge, les villes et les villages appartenaient à des seigneurs (pour Faulquemont à un Baron et à partir de 1629 à un Marquis).

Par le jeu des acquisitions, mariages ou successions, ces patrimoines étaient souvent détenus en copropriétés indivises. Chacun des propriétaires ou copropriétaires étant souvent eux-mêmes propriétaires ou copropriétaires d'autres fiefs.
De ce fait, ils n'habitaient pas forcément le lieu. Ils nommaient  donc un régisseur sur place.

On peut fixer le début de la ville fortifiée au cours du XIème siècle.
En 1119 elle s'appelait: "CASTRUM APUD FALCONIS MONTEM". Ce qui indique qu'il y avait déjà un château. C'est d'ailleurs l'époque où beaucoup de villes ou bâtiments fortifiés ont été construits dans notre région.



    La céramique ci-dessus que j'ai trouvé (avec un fer de lance brisé) sur l'emplacement du "Vieux Château", représente-t-elle un de nos premiers châtelains ?

    L'état dans lequel se trouvent ces deux objets témoigne de la violence des combats qui ont abouti à la destruction de notre premier château.

Un  certain nombre de nos seigneurs sont connus (voir mon ouvrage "FAULQUEMONT à travers les âges").

En 1368 nous avions même une Faulquinoise célèbre en la personne de BEATRICE de FAULQUEMONT qui fut abbesse de ST-Pierre aux Nonnains à Metz.
Était-elle l'épouse, la veuve ou la fille d'un de nos châtelains ?
La question reste posée.
Peut-être y aura-t-il  un jour une rue Béatrice de Faulquemont ?
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     La ville était composée d'un seigneur (ou de son régisseur) de bourgeois (commerçants et artisans) et de serfs. Étant fortifiée il fallait également des "gens d'armes" pour garder les portes et défendre les tours et murailles.
Dans un écrit daté de 1610, nous trouvons à Faulquemont :
- 2 nobles
- 3 officiers et francs
- 4 mousquetaires
- 26 arquebusiers
- 20 hallebardiers et piquiers
- 10 hommes aptes à porter les armes
- 13 hommes inaptes
- 24 jeunes gens aptes
Soit au total 89 "militaires"
Il s'agir du premier recensement de ce type, connu à Faulquemont.

La ville était majoritairement peuplée de serfs.
(le nom de serfs  était donné à ceux qui, sans être des esclaves, étaient attachés au domaine qu'ils cultivaient moyennant redevance à leur seigneur propriétaire de la terre, et étaient vendus ou cédés avec lui .
Ils devaient des "impôts" à leur maître, savoir :
- Le chevage (taxe payée par tête au seigneur) .
- La taille (impôt dû au Roi dont le montant était fixé par lui) .
- La corvée ( service collectif demandé par le seigneur). Il s'agissait de journées de travail gratuit que le serf devait accomplir "depuis le soleil levant jusqu'au soleil couchant" et dont le nombre était fixé arbitrairement par le maître des lieux ou son régisseur en fonction des besoins .

Deux incapacités pesaient sur eux :
- Le droit de formariage (le serf n'avait pas le droit de se marier en dehors de la  seigneurie sans le consentement de son seigneur, qui pouvait refuser .
Le mariage contracté malgré son refus n'était pas nul, mais la désobéissance du serf était assortie de sanctions pécuniaires : confiscation de ses biens ou amendes tantôt arbitraires, tantôt fixées par la coutume .
- Le droit de mainmorte : Droit dont disposait le seigneur en vertu duquel les serfs étaient privés de disposer des biens immobiliers qu'ils avaient reçus de lui et étaient obligés de les laisser à ce dernier à leur décès.

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Après toutes ces explications dépeignant les aspects de la vie dans notre ville, nous en arrivons au sujet du présent article.

Dans toutes les villes , le seigneur ou son régisseur habitaient le château où le commun des mortels n'avait que rarement accès. Il fallait une "maison commune" en dehors de celui-ci, dont les fonctions étaient multiples et à usage commun, LA HALLE.(Je l'appelle ainsi, pour l'avoir entendu qualifié de la sorte par mes ancêtres).

Sa date de construction est inconnue, mais tout donne à penser que sa version originelle est contemporaine de celle du château au XIème siècle.
Comme presque tous les bâtiments de ce type elle a sans doute été démolie plusieurs fois,(comme nos châteaux),  puis reconstruite dans le style du temps de sa reconstruction .
Peut-être était-elle surmontée de créneaux et servait de seconde place forte à l'intérieur de la ville , comme l'église fortifiée de SCY-CHAZELLES datant également du XIe siècle et dont la photo est ci-dessous :



Une  hypothèse plus ancienne peut même être envisagée:
J'ai toujours été frappé par la configuration de la Vieille Ville: Une rue centrale (la rue de la République) et des rues perpendiculaires. Cela fait penser au schéma d'un camp Romain. En effet, pendant la période Gallo-Romaine, au vu des recherches que j'ai effectuées, j'ai démontré qu'il y avait une construction tous les 300m environ. Cet habitat dispersé témoigne  d'une forte occupation de notre sol durant cette période, il n'est donc pas utopique de penser qu'il y avait dans la boucle de la Nied qui forme notre berceau  une place forte Gallo-Romaine. Cette hypothèse mérite d'être vérifiée, et le seul endroit où cela est encore possible est le sol de la Halle . C'est le seul endroit du quartier qui n'ait pas été excavé par la suite au fil des siècles.
Pour ce faire il faudrait procéder à un sondage sérieux, qui nous renseignerait peut-être sur les origines de ce bâtiment.

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Au fil des siècles, cette construction avait plusieurs destinations:
- Au rez-de-chaussée:
            * Un Marché couvert où se tenaient plusieurs foires annuelles.
En outre beaucoup de fermages payés par les administrés l'étaient en nature (une poule, un chapon ...) le seigneur des lieux se retrouvait en possession de nombreux animaux de basse-cour, qu'il n'était pas en mesure de consommer à lui seul. Il les revendait à cette occasion.
            *un four banal, à l'usage commun. On faisait du pain une ou deux fois par semaine (de grosses miches à croûte épaisse) qui se conservaient plusieurs jours .
- A l'étage:
            * deux cellules de prison et plusieurs salles à vocation de mairie, tribunal ...
Au 19ème siècle et jusqu'en 1944, l'étage servit de salle de bal.
Les bombardements alliés précédant notre libération détruisirent l'étage qui ne fut jamais reconstruit.
Après la libération, le rez-de-chaussée fut doté de fenêtres et transformé en Mairie.Il garda cette destination jusqu'en 1959. Il fut encore occupé quelque temps par Me André GOUY, notaire, puis après son départ , abandonnée à son triste sort dont il sortira peut être bientôt ...
Le four banal avait été transformé en garage pour la voiture des pompiers.
Le toit fut percé à cet endroit pour y aménager une tour pour le séchage des tuyaux.
C'est d'ailleurs cette tour de séchage qui est la cause des dégâts que l'on peut constater à l'intérieur, car après son abandon elle ne fut jamais entretenue et finit par s'effondrer, sans que personne ne prenne le soin  de refaire la toiture à cet endroit .

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Les municipalités qui se sont succédées par la suite avaient chaque fois dans leur
programme de campagne : "la restauration de l'ancienne Mairie", sans qu'aucune n'ait jusqu'à ce jour respecté ses promesses.

Il semble que l'actuelle municipalité veuille enfin s'attacher à résoudre ce problème.

La question qui se pose donc maintenant est:
Comment et pour faire quoi ?
Nous avons la chance de posséder un bâtiment médiéval dont les murs principaux sont en bon état.
Dans son rapport en date du 19 février 2008, commandé par la Municipalité, M.Alain CARDON, architecte CAUE dit ceci :
"Le rez-de-chaussée du bâtiment était constitué à l'origine d'un espace unique
couvert par un plafond soigné dont les poutres moulurées subsistent sous le plafond en plâtre actuel. Ce plafond est porté par deux piliers en pierre taillée(de section 45/45) supportant des chapiteaux de style toscan (fin du XVIIème siècle) Les poutres principales reçoivent un solivage serré de grosses poutres, également moulurées des section 35x35.
La reconnaissance visuelle du bâtiment, ainsi que les investigations réalisées par les services de la Mairie permettent  de conclure que le bâtiment présente des qualités indéniables sur le plan historique et patrimonial ainsi que sur le plan de sa structure (maçonnerie et structure intérieure en état sanitaire convenable) .
Les possibilités d'affectation d'un tel espace au centre historique de Faulquemont seraient nombreuses: salle de réunion, manifestations diverses, espace d'expositions,
halle de marché temporaire. La travée latérale pourrait recevoir les commodités (sanitaires,remise) nécessaires au fonctionnement d'un tel équipement. Enfin, on pourrait même envisager éventuellement la reconstruction  de l'étage du
bâtiment ... "

Autant dire que je suis entièrement d'accord avec cette analyse.
elle me conforte dans l'idée que  ce bâtiment doit être  restauré dans  sa configuration actuelle et non transformé en bâtiment moderne.

La question qui se pose actuellement est la suivante :

Veut-on le restaurer dans le respect de l'histoire en lui redonnant son aspect médiéval, ou veut-on lui donner une allure moderne avec grandes surfaces vitrées et panneaux photovoltaïques sur la toiture ?


Notre patrimoine historique et esthétique a souvent été bafoué ces derniers temps, il suffit pour s'en convaincre de voir ce qui a été fait à la chapelle St Vincent :
      - On a implanté un bâtiment moderne à toit plat surmonté de "tubulures" en plastique devant notre belle chapelle.
         - On a détruit deux statues séculaires (St Sébastien et la vierge) qui se trouvaient à l'intérieur .
( Voir mon blog : "QUE SONT DEVENUES LES FLEURS")

"Monsieur Philippe, comment avez-vous pu laisser faire une chose pareille"
M'a-t-on souvent dit (même des personnes venues de très loin).

Je n'ai aucun pouvoir décisionnel, et ne peux que donner mon avis.
Ce que je tiens à faire en rédigeant cet article avant que des travaux ne soient entrepris, et que j'aie la sensation d'avoir fait mon devoir d'historien.
Et aussi afin d'éviter d'autres reproches dans le futur .

La deuxième question qui se pose est la suivante :
Que faire de ce bâtiment ?

L'église, comme on le dit " est au milieu du village".
De nombreuses manifestations se déroulent soit à l'intérieur, soit sur son parvis.
(offices religieux divers, manifestations patriotiques, fêtes et animations diverses)
Dans ces cas que fait-on ?
Soit on plante des tentes... soit on va dans la triste et exiguë salle du presbytère !
Je pense que Faulquemont mérite mieux que cela .
Nous disposons au rez-de-chaussée d'une grande salle, qui restaurée en style médiéval, accueillerait dignement ces diverses manifestations .
Le demi-étage pourrait recevoir des expositions diverses et être relié directement à la maison voisine qui possède  trois niveaux et dont la façade est en bon état.
La troisième maison en contrebas (en mauvais état) pourrait être rasée en y aménageant toutefois un portique en arceau  servant d'arc boutant aux deux maisons voisines.
L'aspect extérieur du bâtiment pourrait être le suivant :


Les créneaux (qui existaient peut-être dans la version originelle) seraient garnis de balconnières fleuries dans leurs intervalles.
Le mur du fond de la salle devrait être démoli et remplacé par un troisième pilier de même facture que les deux existants. Nous obtiendrions ainsi une salle  d'un seul tenant de  23mx8m, soit 184 M2.
Le toit de la maison voisine dont un des versants est exposé plein sud pourrait être doté de panneaux photovoltaïques alimentant les deux bâtiments .
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L'évocation du "médiéval" est actuellement très à la mode, pour s'en convaincre il suffit de voir le nombre toujours croissant de manifestations évoquant cette période attachante et pas si lointaine de nous. Toutes les municipalités ayant la chance de posséder ce type de patrimoine se font maintenant un devoir de le préserver et le mettre en valeur .

En espérant être compris...

                                                                                      Jean-Louis Philippe .





Voir également    le musée de Faulquemont    
                            le Chalet des Aulnes                         

à l'adresse suivante    //philippe.jl57.free.fr/

pour me joindre directement :  philippe.jl57@free.fr



16/08/2009
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